Roms de Lille: lettre ouverte intersyndicale à F. Hollande et C. Duflot

Publié le : 23/11/2013

UD CGT Nord - FSU 59/62 - Solidaires 59/62

 

Lettre ouverte aux ministres signataires de la circulaire du 26 août 2012

 

 

Copie à :

Mme Cécile DUFLOT, Ministre de l'égalité des territoires et du logement,

M. François HOLLANDE, Président de la République.

 

Le 28 octobre 2013, 120 Rroms, dont 50 enfants, suite à leur évacuation du parking P4 de Villeneuve-d'Ascq, à la confiscation de leur habitation et de leurs effets personnels, se sont retrouvés sans solution et n'ont bénéficié d'aucune proposition d'hébergement ni de relogement.

La Bourse du travail a constitué, pour eux, l'unique refuge qui ne peut être en aucun cas considéré comme un lieu d'hébergement, même provisoire, ni comme une réponse à ce scandale humanitaire, sanitaire et social.

 

Ces familles et leurs enfants n'ont fait l'objet d'aucun diagnostic ni accompagnement et aucun moyen, autre que répressif, n'a été mobilisé pour prévenir ou éviter ce scandale humanitaire.

Depuis le 28 octobre, nos organisations syndicales ont multiplié les démarches et les actions, mairie de Lille, Conseil général, préfecture avec les services concernés, dans des réunions de suivi des Rroms, en tête à tête avec monsieur le préfet BUR. Chaque fois, ce sont les acteurs politiques en territoire qui ont empêché ou rejeté toutes propositions, toutes solutions.

 

Vous êtes signataires de la circulaire du 26 août 2012, et, à ce titre, vous vous êtes engagés à ce que l'action de l'État relative aux campements illicites s'inscrive dans le respect des principes fondateurs de la République. Or, nos organisations constatent que l'État, en la circonstance, mais aussi de manière générale lorsqu'il s'agit des populations rroms, ne respecte pas les lois et les principes fondamentaux de la République, ni les conventions internationales :

· non application de la loi DALO, de l'article L 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles, de l'article 375 du code civil relatif à la protection des mineurs,

· non-respect des articles 11 et 13 du préambule de la constitution française de 1946 repris dans la constitution de 1958,

· non-respect de l'article 26 de la Déclaration universelle des droits de l'homme, des dispositions de la convention internationale sur l'élimination de toutes les formes de discrimination raciale, de la convention relative aux droits de l'enfant, etc.

 

Il nous apparaît clairement aujourd'hui que la circulaire du 26 août 2012 ne sert qu'à cautionner une politique d'État discriminatoire envers la population rrom qui, par la multiplication des évacuations mises en œuvre, s'apparente de plus en plus à « une chasse aux Rroms » qui n'a rien à envier aux exactions commises par les autorités Roumaines et Bulgares.

 

En effet, les familles rroms réfugiées à la Bourse du travail viennent principalement de la région de la ville de Baia Mare en Roumanie où un véritable apartheid social est mis en place par son Maire, qui fait l'objet d'un rapport d'Amnesty international.

En juin 2012, après avoir érigé un Mur autour du quartier « CRAICA », celui-ci a procédé à l'évacuation de 500 familles rrom de ce quartier.

En pourchassant les familles rroms, en multipliant les évacuations (de nombreuses familles de la Bourse du travail en sont à leur 5ème évacuation), l'État français et de nombreux maires des villes de la métropole lilloise, qui refusent toute forme d'accueil des Rroms, participent à la construction de cet apartheid social et économique qui s'étend de plus en plus dans l'Union européenne.

Alors que de nombreux responsables politiques multiplient des déclarations racistes et xénophobes, que la ministre de la justice en est elle-même victime, celles et ceux qui ont la responsabilité d'assurer la continuité des principes et lois de la République semblent plus enclins à opérer des calculs électoraux qu'à chercher à endiguer la montée des idées d'extrême droite.

 

Ce serait une véritable faute politique et historique que de ne pas assumer l'héritage politique de l'après 1945 en jouant le pourrissement de la situation à la Bourse du travail de Lille et en continuant d'appliquer seulement le versant répressif de la circulaire à l'encontre de tous les Rroms vivant en France.

Suite à notre rencontre avec la Direction départementale de la cohésion sociale, ce jeudi, nous sommes obligés de constater, une énième fois, que l'État ne propose aucune solution globale sérieuse par manque de volonté politique évidente, alors qu'il est responsable de cette catastrophe humanitaire, sanitaire et sociale.

Le préfet va-t-il enfin user de son pouvoir de réquisition, va-t-il enfin recevoir des directives de son ministre de tutelle ? Car, dans le cadre des 1,7 millions d'euros débloqués par la ministre de l'égalité des territoires et du logement pour la région Nord-Pas de Calais, des solutions existent !

 

Nous exigeons que l'État français apporte enfin une solution humaine et juste, respectueuse des conventions et traités internationaux signés par la France, des directives européennes et de la loi.

 

Vincent Delbar - UD CGT Nord (06 85 51 70 43)

Didier Costenoble - FSU 59/62 (06 76 48 57 98)

Vladimir Nieddu - Solidaires 59/62 (06 03 40 30 79)