Non, Madame la Ministre, tout ne va pas très bien ! ...

Publié le : 24/09/2013


Non, Madame la Ministre, tout ne va pas très bien ! ...

Dès le mois de juillet, le SNESUP a lancé l'alerte sur les conditions de pénurie qui s'annonçaient pour la rentrée 2013 dans les établissements universitaires et sur le risque de mise en oeuvre de mesures d'austérité.

Malgré le discours auto satisfait et lénifiant de la ministre de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche, lors de sa conférence de presse de rentrée, ("Des moyens sans précédent ont été engagés"), en dépit de la confiance du premier ministre, exprimée devant la conférence des présidents d'Université ("Confiance en les vertus de l'autonomie, de la responsabilité, mais plus encore en votre capacité à vous en emparer intelligemment"), l'austérité est bien à l'oeuvre dans les universités : ici, les difficultés budgétaires se traduisent par des suppressions d'enseignements ou le tirage au sort des étudiants qui pourront bénéficier de capacités d'accueil limitées ; là, les travaux dirigés sont remplacés par des cours magistraux ; dans telle antenne universitaire, les étudiants n'ont droit qu'à des video-profs, au seul motif d'économies budgétaires ; ailleurs, ce sont les dispositifs d'aide aux étudiants de première année qui sont menacés ou des enseignants incités au bénévolat...

La situation dramatique de l'université de Montpellier 3, révélée par sa présidente et son conseil d'administration, est loin d'être un cas isolé.

Le désengagement de l'Etat, conjugué aux Responsabilités et Compétences Elargies (RCE), rendent les difficultés budgétaires structurelles. Si la ministre se réjouit de la diminution du nombre d'établissements en déficit budgétaire (il ne resterait « que » quatre universités en déficit sur au moins les deux années et encore quinze en simple déficit), ce prétendu redressement a un prix :

- l'épuisement des fonds de roulement, qui ne fait que repousser la menace du déficit de quelques mois ; pour l'année 2013, c'est de l'ordre de 200 millions d'euros que les universités ont ainsi dû prélever sur leur réserves, certaines ne disposant plus que d'une dizaine de jours de fonctionnement d'avance (salaires inclus) ;

- le gel des recrutements, pour convertir la masse salariale en budget de fonctionnement : ainsi, pour les postes d'enseignants-chercheurs, de 2009 à 2012, la différence entre le nombre de postes sur lesquels les établissements sont théoriquement autorisés à recruter et le nombre de postes effectivement mis au concours est de plusieurs centaines par an (jusqu'à 500 en 2012 et en 2013), générant, depuis 5 ans, un "manque à recruter" d'au moins 1400 postes ;

- la multiplication des coupes budgétaires, qui dégradent les potentiels d'enseignement et de recherche et les conditions de travail des personnels et des étudiants ; la fermeture de formations, voire de sites universitaires.

Après la promulgation d'une loi sur l'ESR, qui refuse de sortir les universités du piège des RCE et ne s'accompagne d'aucune programmation pluriannuelle des moyens, et les annonces de nouvelles réductions des dépenses publiques pour le projet de loi de finances 2014, il y a tout lieu de craindre que la cure d'austérité budgétaire dans les universités se poursuive, voire s'aggrave.

Alors que la démocratisation de l'enseignement supérieur et la relance d'une politique de recherche ambitieuse nécessitent des investissements budgétaires importants, la communauté universitaire, ses élus dans les conseils et les directions d'université doivent faire entendre haut et fort que le discours officiel sur l'air de « Tout va très bien, Madame la Marquise » ne saurait dissimuler plus longtemps que « Le Roi est nu ».

Paris, le 24 septembre 2013