Les universités mises à l'Idex : la voix des collègues

Publié le : 08/02/2011

 

Les universités mises à l'Idex : la voix des collègues

Lancés en juillet avec des délais extrêmement courts, les appels d'offre "d'Investrissements d'Avenir" ( Equipex, Labex, Idex) s'avèrent être de redoutables armes de destabilisation et de destructuration pour l'Enseignement Supérieur et la Recherche de notre pays.

Le cadre même dans lequel ces initiatives sont lancées - le Grand Emprunt - illustre déja l'idéologie qui a présidé à leur génèse. Par exemple, pour les initiatives d'excellence (Idex), les seuls subsides que les heureux lauréats pourront espèrer consommer à l'avenir, perdus parmi les milliards annoncés, seront les intérêts des capitaux placés, qui sont eux "non consuptibles".

Le Grand Emprunt se caractérise également par une opacité revendiquée : "la composition du jury sera affichée (...) à l'issue de la procédure de présélection". La "sélection" sera opérée par le Commissariat Général à l'Investissement (CGI). Ces méthodes ouvrent bien entendu la porte aux lobbyings les plus intenses, dans tous les domaines du monde économique, de sorte qu'il y a fort à craindre que les grands bénéficiaires de ce Grand Emprunt seront à trouver parmi les milieux industriels aux lobbys les mieux organisés, parmi lesquels agissent de célèbres entreprises de construction. Tout ceci bien entendu en partenariat avec les milieux financiers à qui on aura fourni une activité forcément lucrative.

Annoncés comme une priorité nationale de ce Grand emprunt, la Recherche, mais aussi l'Enseignement Supérieur, seront effectivement bien soignés dans une belle alchimie destructrice. Les sommes que le MESR fait miroiter lui permettent tout d'abord de falsifier les chiffres budgétaires et de nier une baisse des financements des unités de recherche de l'ordre de 15% - pourtant effective - . Le MESR est par ailleurs mis sous tutelle par le commissaire au plan dans la répartition de cette manne virtuelle, comme en témoigne le paraphage par ce dernier du communiqué de presse de la ministre lors de l'annonce des lauréats des "Equipex". Premier étage du missile, cet appel d'offre pour équipements lourds a mobilisé plus de 1800 experts internationaux pour un nombre très restreints de projets retenus. Cruciaux pour la survie de laboratoires en manque de crédits d'équipement depuis des années, ces appels d'offre ont, en un temps extrêmement court (inférieur à deux mois!), mobilisés de nombreux collègues, l'urgence favorisant l'opacité et l'absence même d'information. Ainsi, les instances des universités ont été la plupart du temps mises devant le fait accompli, certains CS se voyant même enjoints à se prononcer sur des projets à 20 millions d'euros sans dossier, encore négociés par téléphone quelques heures auparavant. Souvent pilotés par des FCS spécialement créées, la structure des projets met souvent à l'écart les universités ou les organismes eux-mêmes. Malgré le ton vindicatif de la direction du CNRS, certains projets, dont ceux émanant de l'emblématique FCS "Paris-Saclay", ont été élaborés sans qu'organismes ou universités en soient moteurs, et seront pilotés et administrés sans eux.

De manière plus pernicieuse, les initiatives d'excellence (Idex) en général jouent encore plus un rôle clé dans la stratégie de déstructuration de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche publics. Dans l'urgence, et espérant pallier aux réductions drastiques de crédits récurrents, les FCS ou PRES ont déposé des projets desquels sont exclus des pans entiers de recherche des universités. La disparité géographique des lauréats des Equipex est conforme aux projets Idex déposés (les régions Ile de France et Rhône-Alpes se taillent la part du lion, la priorité présidentielle -la FCS Paris-Sud- est particulièrement bien lotie, alors qu'un "Désertex" apparaît principalement au centre, à l'ouest et à l'est du pays).

Pour ces appels d'offres et les appels d'offres à venir, on peut maintenant considérer que la volonté gouvernementale est de restructurer l'ESR en 3 catégories de "groupes" (remplacer par Individus-Equipes-Unités-Universités-PRES-FCS-etc..), qui auront émergé d'eux mêmes suivant le bon adage libéral disant en substance que, quelle que soit la compétition, le meilleur émergera (même sans aucun critère scientifique):

1. Ceux qui n'ont pas participé : auto-exclus des Idex, et donc des "4-5- universités" visibles de niveau mondial - qui ne seront d'ailleurs plus des universités -, ceux-ci rejoindront le bataillon des PUP chers à V. Pécresse.
2. Ceux qui ont perdu : le travail de destructuration a été effectué car les priorités de la recherche des universités ont été définies par des FCS ou PRES, sans consultation des conseils des universités. En corollaire les pans entiers à délaisser sont pointés du doigt. Bien avant la parution des résultats, des effets néfastes se font sentir sur des collègues qui sont injustement stigmatisés, parfois au sein des equipes elles-mêmes.
3. Ceux qui ont gagné : qu'ont-ils gagné ? Les projets ont été suscités directement par les mondes politiques et économiques, les universitaires étant fortement incités à présenter les programmes qu'on leur demandait, parfois bien loin de leurs préoccupations scientifiques. Quel argent arrivera ? Qu'en sera-t-il dans 5 ans ? Quel poids auront les organismes nationaux - s'ils existent - dans l'organisation de ces structures ?

Ainsi le gouvernement torpille un demi-siècle de politique d'aménagement du territoire dans l'Enseignement Supérieur et dans la Recherche, les victimes correspondant aux pôles jeunes issus de l'après-guerre. A l'intérieur des pôles, il élimine les thématiques également émergeantes, pour se replier sur les forces historiques. Dans les projets eux-mêmes, il nie totalement la collégialité universitaire, renforce les entregents et ré-installe au grand jour un mandarinat latent, comme il s'y était plus ou moins engagé. La réussite scientifique de ce projet politique repose quand à elle sur le pari qu'une main invisible régulera la compétition pour faire émerger les "meilleurs". Une main invisible si talentueuse qu'elle n'a même pas besoin de définir ce qui est entendu par là.

Aujourd'hui, le SNESUP lance l'initiative "Les universités mises à l'Idex : la voix des collègues" pendant tout le mois de Février. Ce sera le moment de dévoiler les premiers éléments d'analyse d'un processus qui fait voler en éclats l'unité du service public d'enseignement supérieur et de recherche.

 

Initiatives déjà prévues et contact :

LILLE 3 Février
TOULOUSE 3 4 février
PARIS SUD 4 février
PARIS EST MARNE LA VALLEE 8 février
TOURS 9 février
MONTPELLIER 10 et 17 Février
RENNES 12 février
AIX-MARSEILLE 15 février
DIJON 24 février