Chère Camarade, Cher Camarade,
Pendant plus de la moitié de l’année écoulée, la rue a été le terrain d’une mobilisation sans précédent pour défendre notre système de retraite. Les diversions estivales de Nicolas Sarkozy, aux relents populistes et racistes, stigmatisant les Roms et les gens du voyage, calquées sur les positions de l’extrême-droite, n’ont pas permis de freiner les mobilisations. Caractérisée par le niveau des manifestations, la durée, un calendrier se jouant des périodes de congés, et l’unité maintenue…, cette mobilisation populaire a permis de convaincre très largement du caractère injuste et brutal du projet gouvernemental. C’est aux forceps, bafouant la démocratie parlementaire et sociale, que le pouvoir affaibli a, une fois de plus, choisi de passer en force, imposant la loi détruisant notre système de retraite, aggravée par les décrets d’application qui ont été publiés en catimini au journal officiel un 31 décembre 2010…
Mes vœux vont à toutes celles et tous ceux, de toutes les générations et de toutes les catégories, victimes de la brutalité de cette loi et des régressions imposées par le pouvoir. Ils vont à toutes celles et tous ceux qui se sont engagés, selon leurs possibilités, dans des modalités diversifiées, dans la lutte contre des politiques injustes brisant toutes les solidarités, imposant des reculs aux libertés et génératrices de divisions.
90 pour cent des universités seraient enfin autonomes… nous ont ressassé, dans leurs vœux, le président de la République et la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche. A les écouter ou à en croire les commentaires complaisants de la CPU, les établissements d’enseignement supérieur et de recherche vivraient désormais dans l’aisance. La ficelle est grosse. Tordre la réalité est devenue une marque de fabrique gouvernementale. Mais où les collègues trouvent-ils les moyens et le temps pour créer, enseigner, chercher, où sont concrétisées les promesses de nouveaux locaux et logements pour étudiants, en quoi se sont démocratisées les formations supérieures ? A trois mois des cantonales désignant pour partie les grands électeurs aux sénatoriales de septembre 2011, le vernis bien fragile qui enrobe ce qui préfigure un bilan préélectoral masque une réalité bien plus sombre. Les effets de la concurrence, l’incertitude de l’avenir, l’opacité de rémunérations toujours plus individualisées, l’explosion de la précarité et la multiplication de chargés de missions complaisants aux rémunérations injustifiées… instillent suspicion et méfiance au sein de la communauté universitaire. Cette peur de manquer du nécessaire pour un travail serein et d’être défavorisé par rapport à son voisin pèse lourd dans la destruction des coopérations universitaires.
Le changement de paradigme imposé aux universités est sans équivalent, et remet fondamentalement en cause les acquis des combats difficiles menés ces dernières décennies. La violence et la célérité des coups portés au service public n’ont d’égale que la perversité du pouvoir se défaussant de ses responsabilités et renvoyant aux établissements les basses besognes. La mise en œuvre de la loi «Libertés et Responsabilités des Universités », le passage aux «responsabilités et compétences élargies », révèlent à quel point la communauté universitaire, mise en demeure de s’enfermer dans une gestion étroite de la pénurie, est poussée à des choix kafkaïens. Les «choix difficiles » ont émaillé de nombreuses délibérations budgétaires de conseils d’administration. Quelle formation fermer ? Quels contractuels maintenir ou pas ? Quels pans de recherche préserver ou non… ? Où trancher dans le vif ?
Attisée par le mirage du Grand Emprunt, la recherche de solutions et trajectoires individuelles, fragilise l’enseignement supérieur et la recherche publics et leur unité. La concurrence dans les établissements associée à l’affichage de priorités discriminatoires fait craindre le démantèlement de dispositifs de formation ou d’équipes de recherche. La recherche fondamentale, les Sciences Humaines et Sociales, la formation des enseignants dans les UFR et les IUFM, les formations d’IUT…, des pans entiers des établissements, considérés localement comme non prioritaires, risquent de payer un lourd tribut.
2010 s’est illustrée par le très bon résultat du SNESUP (43 %) aux élections au CTPU. Renforçant notre rôle incontournable, il n’a toujours pas été installé par le MESR. Associés au SNCS, les résultats du SNESUP aux conseils scientifiques du CNRS et de ses instituts sont exceptionnels (81 sièges sur 97). Ils montrent la confiance qui nous est faite, et font peser sur notre syndicat une responsabilité singulière. La nette hausse des adhésions en fin d’année confirme cette tendance et doit contribuer à renforcer notre action dans tous les pans de la recherche et de l’enseignement supérieur publics, à développer les luttes dans tous les établissements pour nos revendications et protéger les collègues en souffrance de plus en plus nombreux.
En 2011, les scrutins au CNESER et au CNU doivent être l’occasion de renforcer notre influence et porter la défense de la démocratie universitaire et de la collégialité au cœur de notre action. Concomitamment à ces moments importants de démocratie universitaire, en avril prochain se déroulera notre congrès d’orientation. Moment majeur dans notre vie démocratique, nos débats internes, riches et exigeants, appellent l’implication de tous pour vivifier l’ensemble de notre syndicat.
Alors que tout tend à disloquer la communauté universitaire, à la diviser, maintenir sa cohésion, son unité…, rassembler, tel est mon vœu profond pour cette nouvelle année.
Démocratiser l’enseignement supérieur, revitaliser la recherche publique, assurer l’épanouissement et la créativité des collègues…, rejeter toutes les formes de repli sur soi, l’élitisme et les mandarinats locaux… appellent une rupture nette avec les politiques injustes et inefficaces qui, sous couvert de réduire les déficits publics, enferment les universités dans des marges étroites dans lesquelles ne peut s’inscrire un réel projet scientifique.
Prenant en compte toute la complexité et la richesse des universités, en prise avec nos métiers, rejetant les postures simplificatrices, sans jeter l’anathème, mais au contraire en rassemblant, il nous faut imposer cette rupture à commencer par les garanties d’un financement public pérenne, notamment de l’emploi, à la hauteur des défis que le service public d’enseignement supérieur et de recherche doit être en capacité de relever.
A toutes et à tous, à vos proches et à ceux qui vous sont chers, je souhaite une très bonne année 2011, solidaire et pleine de fraternité, en particulier à celles et ceux qui en en ont le plus besoin et subissent de plein fouet les effets des politiques libérales. Bien cordialement.2010 s’achève, une nouvelle année s’ouvre devant nous.
Stéphane Tassel - secrétaire général du SNESUP-FSU
Rassembler la communaute universitaire, tel est mon vœu profond pour cette nouvelle annee
Publié le : 01/01/2011