Idex et PRES : le jeu des collectivités territoriales. Un exemple en Bourgogne-Franche-Comté

Publié le : 19/04/2012


Idex et PRES : le jeu des collectivités territoriales. Un exemple en Bourgogne-Franche-Comté

par Jean-Charles Jules et Marc Neveu, section SNESUP de l'université de Bourgogne

Face à la pression des collectivités territoriales et au désir « d'excellence » des présidents, la déstructuration de l'ESR est programmée. La communauté universitaire pourrait ne pas y être indifférente.

«Comme les universités, les collectivités territoriales sont en concurrence, d'où la nécessité de rechercher des alliances ». Au-delà de cette idéologie exprimée en CA de l'université de Bourgogne par les représentants des collectivités, le constat global « les dépenses privées de R&D [sont] en diminution [...] le renforcement du potentiel public de recherche mérite une attention particulière » amène les collectivités territoriales à chercher des moyens publics (comme pour les pôles de compétitivité), en  "incitant " les universités à concourir aux Initiatives d'avenir (« total soutien des acteurs économiques et institutionnels de notre grande région. Pour preuve, les collectivités, les clusters, les entreprises partenaires du PRES s'engagent à apporter 1 € pour 1 € apporté par l'État dans le cadre de l'initiative d'excellence »).

Il y a donc « soutien » des deux régions à la création d'une université fédérale, pour répondre aux injonctions du jury Idex 2. Si le porteur du projet Idex, le PRES Bourgogne Franche-Comté, a joué la méthode Coué (« L'audition a impressionné le jury... »), les résultats sont en rapport avec le réalisme d'un tel projet. L'université fédérale sera la plus grande de France (géographiquement, puisque plus de 400 km et 5 heures de route séparent Nevers en Bourgogne et Montbéliard en Franche-Comté) !
La partie commune Bourgogne-Franche- Comté du contrat quinquennal, véritable « contrat de site », pointe « l'efficacité économique que permet un tel regroupement» alors que dans les faits les collectivités territoriales sont obligées d'abonder le surcoût d'un tel regroupement (prise en charge du coût des navettes Dijon-Besançon). Plus de 40 formations sont cohabilitées dans le cadre du PRES, sous le haut pilotage de la DGESIP. Pour les formations mutualisées, des cohortes 'étudiants seront-elles jetées sur les routes ou dans les trains ?
Soutien également à la SATT Grand Est (Bourgogne-Franche-Comté-Lorraine), dont la mise en place est pilotée par « un petit groupe de pilotage avec des représentants de chaque région et établissement ». La SATT est soutenue par les pôles (pôle Vitagora par exemple, car la SATT est « conforme aux
souhaits du Pôle et de ses partenaires ») et par les collectivités.
Pression amicale des collectivités territoriales + désir « d'excellence » des présidents = déstructuration universitaire. Équation qui place les acteurs de l'ESR comme variables d'ajustement et qui comporte une inconnue : quelle réaction des acteurs face à cette déstructuration ?