Hommage de Nicole FIORI lors des obsèques de Pierre DUHARCOURT

Publié le : 14/08/2012

 Cher(e)s camarades et ami(e)s,

Merci infiniment des très nombreux témoignages de sympathie et hommages en l'honneur de Pierre qui me sont parvenus directement ou par le biais du SNESup.
Merci aux très nombreux camarades et amis qui, malgré la période des vacances, ont pu accompagner Pierre jusqu'au bout. Même si cela n'atténue pas vraiment ma douleur et celle qui m'attend au quotidien à partir de maintenant, vos messages et votre présence me font chaud au cœur ainsi qu'à ses quatre filles.
Je sais que beaucoup se sont interrogés sur l'office religieux. Sachez que Pierre était athée, comme bon nombre d'entre nous. Néanmoins, j'avais un doute sur ses dernières volontés dont, évidemment, nous n'avions jamais parlé. Et c'est compte tenu de ce doute que j'ai finalement, après bien des hésitations, décidé de faire donner cette bénédiction.
Voici le texte du dernier hommage que j'ai rendu à Pierre juste avant qu'il ne soit inhumé. Evidemment, cet hommage est très personnel mais je pense qu'il a sa place sur le site dans la mesure où notre vie était très fortement liée à celle du syndicat et de son action depuis 30 ans.
Sachez que je suis fière d'avoir partagé la vie de ce grand et honnête homme.
Nicole.

 

 

 

 

Mon Pierre,

Tu te doutes bien que prononcer ces quelques mots est extrêmement difficile pour moi, tant je suis dévastée par le chagrin. Mais... je te dois bien ça, à toi, l'Homme de ma vie.


Depuis ce funeste dimanche 5 août où tu es parti, on ne compte plus les messages multiples qui me parviennent ou parviennent au syndicat pour rendre hommage à l'immensité de ton œuvre de syndicaliste exceptionnel, à ton ouverture d'esprit, à ton dévouement sans faille envers le syndicat, pour la défense des collègues, de l'Enseignement supérieur et de la recherche, mais aussi pour ta contribution aux questions économiques de ce monde, marquée par ta réflexion de marxiste. Ces innombrables messages émanent du syndicat et de la FSU, de présidents d'université, de la ministre, de tes collègues du conseil économique, social et environnemental, des Maires de Noisy le Grand et d'Ajaccio, de camarades, d'amis et tant d'autres....


Toi qui croyais ne compter que quelques amis, tu en serais ébahi. Nous, tes quatre filles, tes petits enfants, tes gendres, ta sœur Françoise et son mari Jean, notre famille et nos amis les plus proches, moi « ta Nicole » comme tu disais, nous en sommes extrêmement fiers, même si chaque message creuse un peu plus le gouffre dans lequel ton départ nous a précipités.


Quel dommage que tu ne puisses voir cela ! Toi qui cachais une immense sensibilité, sous une façade pouvant passer parfois pour austère ou quelque peu « bourrue », toi qui souvent, te demandais si on t'aimait, notamment dans les derniers mois, nul doute que tu en serais comblé. Je verrais alors le bonheur dans ton regard dont la douceur accompagnerait ton tendre sourire.


Nous nous sommes connus au début de ton premier mandat de secrétaire général du SNESup lors de ta venue à Orsay. J'étais alors responsable locale du SNESup et nous n'avions eu que des échanges téléphoniques. Tu m'avais lancé un Salut maussade, comme tu savais le faire dans tes mauvais jours, furieux que tu étais de devoir venir à 8h du matin pour une réunion syndicale à midi et te soumettre, dans l'intervalle, à ce que tu appelais des mondanités. Je m'étais bien gardée de te faire remarquer que tu t'étais garé sur la place du président puis m'étais dit le soir que je n'étais pas près d'organiser une nouvelle réunion à Orsay avec toi ! Quelques années et un certain nombre d'échanges téléphoniques plus tard, en 1981, sollicitée par Michel Verdaguer et quelques autres, j'entrais à la direction nationale du SNESup -en même temps que Jean-François Tournadre- et découvrais l'homme et le dirigeant que tu étais.


Il était clair que tu nous dépassais tous et toutes, de la tête et des épaules par ton extraordinaire intelligence, la vivacité de ta pensée, la clarté de ta réflexion, tes capacités d'analyse ET de synthèse, ta clairvoyance, ton sens de la dialectique, ton art de dépasser les contradictions.
Au-delà de ces qualités qui faisaient de toi un être brillantissime à tous point de vue, tu étais d'abord et avant tout un militant, luttant sans relâche pour améliorer le sort de tes collègues et pour la transformation du service public dans le sens du progrès et de la justice sociale.


Ces immenses qualités venaient largement compenser les « savons » que tu nous passais et le regard noir que tu nous lançais quand nous chahutions ou même chuchotions en Bureau National. J'ai donc rapidement ressenti une forte attirance pour toi, tout en étant persuadée que je n'avais pas la moindre chance que ce soit réciproque. Je savais que tu vivais une séparation difficile qui te dévastait, j'avais moi-même des difficultés conjugales. Bref ! je gardais mes sentiments pour moi malgré les encouragements de quelques amis, membres du bureau national comme moi, Claude Gauvin en particulier, qui se livrait à de lourdes allusions en privé comme en public. Puis, peu à peu, nous avons pris l'habitude de nous retrouver après telle ou telle réunion pour discuter autour d'un verre, de nos déboires personnels, tu me parlais de tes filles, nous nous racontions tout simplement. Cela jusqu'à la fin de ce Congrès de Reims, en 1982, où nous nous sommes avoués notre amour comme deux collégiens. Nous étions début juillet. Fin août j'emménageais chez toi.
Depuis, nous ne nous sommes plus jamais quittés, jusqu'à dimanche dernier où tu es parti si brutalement. Pendant ces 30 ans, tu ne m'as donné que du bonheur, chaque jour, sans relâche.


Malgré ma pudeur à manifester et à dire mes sentiments, tu savais que tu étais l'Homme de la vie.


Ensemble, nous avons donc longtemps milité à la direction du syndicat. Je me souviens de ton bonheur lorsque j'étais devenue secrétaire générale : tu étais fier de moi et profondément heureux d'avoir pu l'annoncer à ton père, fondateur du syndicat des proviseurs, juste avant qu'il ne meure. Tu me l'as rappelé il y a deux semaines. Après mon départ de la direction nationale (je voulais reprendre la recherche et progresser dans ma carrière et puis... deux Duharcourt à la direction, cela faisait un de trop !), loin de s'appauvrir, notre quotidien s'est enrichi puisque nous avons toujours passé beaucoup de temps, le soir, avec notre fille Magali, à échanger sur nos journées, nos préoccupations, nos problèmes professionnels respectifs.


Je sais bien que certains te trouvaient exigeant, intransigeant même. Je sais bien que ta voix impressionnait, y compris tes quatre filles que pourtant tu chérissais. En réalité, ta voix était ce qu'elle était. Quant à ton exigence, tu l'appliquais à toi-même autant qu'aux autres. Oui, c'est vrai, tu détestais qu'on ne fasse pas son travail, de quelque manière que ce soit. Mais oui tu étais un travailleur acharné et n'admettais pas la fainéantise. D'autres se sentaient vexés, méprisés à l'occasion d'un reproche de ta part. En réalité, le seul mépris que tu pouvais ressentir ne concernait que ceux qui n'étaient pas honnêtes.


Certains ont écrit cette semaine que tu étais mort debout. C'est vrai.
Jusqu'à la fin, tu as lutté sous toutes les formes. Concernant ta santé, tu as tellement lutté contre ta fatigue et la maladie qui probablement te rongeait, que personne, pas même moi, ni toi je pense, sauf dans les dernières heures, ne s'est rendu compte que tu te mourrais.
Le courage, la lutte ... encore et toujours, comme tu l'as fait toute ta vie.


Ton départ m'anéantit.
Il anéantit Sandra, Charlotte, Marianne.
Il anéantit Magali qui, non seulement perd son papa à 28 ans, mais ne peut être là aujourd'hui car elle doit lutter pour ne pas perdre son bébé qui ne connaîtra pas son papy Pierre sauf à travers de ce que nous lui en dirons.
Nous tous et toutes, à qui tu as tant donné, nous aurons à cœur d'honorer ta mémoire en poursuivant ton combat, tes luttes, en tentant de nous montrer aussi courageux et humaniste que toi, même si pour l'heure, le courage ne consiste qu'à essayer de continuer à vivre malgré le vide que tu laisses.


Adieu mon Pierre, Adieu mon amour....