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Numéro 9
1 octobre2008
ÉVOLUTION DES MASTERS ? (RAPPORT JOLION)
La lettre Flash au format pdf (mise en page originale)
Ce lundi 29 septembre, Jean-Michel Jolion, président du « Comité
de suivi master » remettait à la ministre de l'Enseignement Supérieur
et de la Recherche, son rapport intitulé « Bilan et évolution
du cursus master ». Bien que ce rapport n'ait pas été rendu
public officiellement par le ministère et que la ministre ne se soit
pas exprimée publiquement à son sujet, les propositions de ce
rapport ont néanmoins été rendues publiques par les agences
de presse, et le SNESUP a eu connaissance d'une version préliminaire
de ce rapport transmis pour avis une semaine plus tôt au comité
de suivi master. On peut penser raisonnablement que ce silence de la ministre
est lié au caractère « dérangeant » -- pour
la ministre -- de certaines propositions contenues dans ce rapport, notamment
son insistance pour réclamer un moratoire d'un an sur la mise en œuvre
de la réforme de la formation des enseignants et pour revaloriser le
rôle du CNESER dans le processus d'habilitation des formations, propositions
qui convergent avec celles du SNESUP.
Néanmoins, certaines propositions du rapport Jolion font aussi peser
de lourdes menaces et nécessitent d’être combattues vigoureusement.
• Elles s’inscrivent dans une logique malthusienne de renoncement
de fait à l’irrigation de la société tout entière
par des jeunes générations largement diplômées du
supérieur.
• « Gestion des flux » : le rapport souligne à juste
titre l'absurdité de la sélection à l'entrée en
M2, mais propose de résoudre ce problème en avançant la
sélection à l'entrée en M1, tirant argument d'un alignement
nécessaire des opérateurs publics sur les opérateurs privés
! Cette proposition est présentée avec des garde-fous ( !) : droits
d'inscription fixés nationalement, carte nationale des formations (sous
la responsabilité du ministère), dispositif d'aides sociales spécifiques
pour la mobilité étudiante, affirmation du principe selon lequel
« Tout titulaire d’une licence dont la finalité n’est
pas l’insertion professionnelle immédiate, doit pouvoir poursuivre
ses études en master, poursuite qui peut nécessiter une mobilité
qui devra être encouragée et soutenue par un accompagnement et
des mesures d’aide aux étudiants. ». Cependant, le dispositif
de « gestion des flux » proposé ne garantit aucun droit effectif
à poursuite d'études en master pour les étudiants titulaires
du diplôme de licence. Le rapport renonce même, sans discussion
sérieuse, à l'établissement d'une carte nationale des passerelles,
que l'établissement d'une carte nationale des formations et d'une harmonisation
progressive des intitulés de domaines et mentions rendrait pourtant tout
à fait possible. L’impact du sous-encadrement dans les universités
sur la sélection n’est pas du tout traité.
• Autorisation de délivrance du diplôme de master
par les établissements privés : même s'il est proposé
un cahier des charges commun pour tout établissement candidat à
l'habilitation, il n'est pas admissible que des établissements privés
ne partageant pas les mêmes missions de service public (y compris des
établissements à but lucratif) entrent en concurrence avec les
établissements publics.
• Concernant l’usage de la langue française comme langue
scientifique, comme langue d’enseignement et de recherche (Code de l’Educ.
Art. L.121-3 §2), le rapport Jolion introduit une proposition qui, en élargissant
les dérogations, anéantit de facto cette obligation d’usage
du français dans les cours, les examens et les soutenances. Tout ou partie
des enseignements pourraient ainsi être assurés dans une langue
étrangère, avec pour seule contrepartie la possibilité
pour l’étudiant d’être évalué dans la
langue de son choix. On voit clairement qu’une telle disposition aboutirait
à une domination quasi exclusive de l’anglais (du moins cet anglais
de communication scientifique dont les locuteurs natifs ne cessent de stigmatiser
la pauvreté conceptuelle et le chaos sémantique). Sous couvert
de favoriser l’ouverture internationale, elle condamne le français,
qui occupe encore une vraie place comme langue d’expression scientifique
dans nombre de disciplines, à un déclin précipité.
Il faut au contraire réaffirmer la nécessité de créer
les structures publiques d’apprentissage linguistique, de financer les
stages intensifs au moment de l’arrivée des étudiants étrangers
en France, il faut soutenir de nouveau par des crédits les instituts
culturels français à l’étranger qui ont longtemps
été les lieux d’apprentissage privilégiés
de la langue et de la culture françaises, donc, par là-même,
des structures favorisant aussi l’attractivité des études
en France.
style='color:red'>syndicat national de l'enseignement supérieur 78, rue
du faubourg saint-denis 75010 Paris Tél. : 0144799610 Fax :
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Cette lettre-flash du SNESUP-FSU, envoyée aux syndiqués
(fichier
pdf avec mise en page originale), peut être diffusée sans réserves dans
les départements d'enseignement et laboratoires, comme les lettres flash à venir,
de façon à maintenir le lien fort entre la communauté scientifique et les représentants
syndicaux présents et acteurs des négociations. Lien nécessaire pour nous faire
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